Un matin de fin août, je reçois un coup de fil très bref. Si bref qu’il ne me laisse même pas le temps de raccrocher. C’est M. Fox, le responsable des classes préparatoires de Sainte *. Je suis comme un peu secouée et remuée. J’avais complètement abandonné cette idée de changer de prépa, et voilà qu’un appel bref me donne une mince lueur d’espoir. Je regarde vers le ciel en me disant : peut-être qu’on me réserve un tout autre avenir immédiat.
Pour en revenir à ma situation à ce moment. J’avais déjà fait 2 années de prépa ECS (Prépa Economique et Commerciale, voie Scientifique). Je venais de finir de passer mes concours aux grandes écoles de commerce début juillet. Mais je savais déjà que je visais d’autres écoles, et que surtout j’étais capable de mieux faire avec un an de plus. J’ai depuis longtemps pris ma décision de « cuber ». Autrement dit : « redoubler » sa 2e année de Classe Préparatoire pour repasser le concours l’année suivante.
Mes deux premières années, elles n’étaient ni exceptionnelles, ni catastrophiques, j’avais réussi à me maintenir la tête hors de l’eau sans sombrer. Je ne nageais pas le crawl et encore moins la brasse. Il m’arrivait de temps à autre assez ponctuellement de faire des petits pics de progressions qui pouvaient faire croire que ce n’était pas le fond que je touchais. Mais je n’aime pas trop m’étaler sur ces deux premières années de prépa. Difficile de faire un bilan, j’ai été démotivée, déprimée, angoissée au point de ne plus pouvoir respirer à certains moments, j’ai eu tellement de difficultés à ne plus en compter. Pourtant, je ne dirais pas que je n’ai rien fait, même si pour moi ce fut un échec, quand je prends du recul, je me rends compte que je donnais pas mal des mes tripes dans ce que je faisais. Si l’on devait résumer, la situation à souvent été décevante, mais je n’ai jamais baissé les bras en 2e année. Il faut prendre en compte aussi, qu’en prépa, on est souvent très sévère avec soi-même. Je pense juste que je n’ai pas été à la hauteur de mes exigences.
Finalement, alors que je croyais que j’allais encore passer une année à Montaigne, au dernier moment tout vient de se renverser. C’est une tout autre année qui se présente à moi.


Mon dossier n’était pas rutilant, j’ai déposé mes candidatures pour cuber dans d’autres prépas avec peu d’espoir. Seul le lycée Sainte * avait daigné me rappeler courant juillet pour avoir quelques précisions sur mes notes d’une banque de concours (qui évidemment n’ont pas convaincu le lycée de prendre un choix immédiatement). Le lycée devait me rappeler, mais finalement il ne l’a pas fait. Je m’étais alors résignée, un peu dépitée à faire une 3e année de Prépa à Montaigne. Je voulais absolument changer de prépa, je ne supportais plus ces lieux, plus ces profs, plus leur enseignement. Je ne supportais plus les rapports qu’ont les gens avec les profs, je ne supporte plus Montaigne. Mais on peut vite supporter ses contrariétés et relativiser les choses, surtout quand on n’a pas le choix ! Je m’étais déjà résignée à passer une autre année dans ces lieux en me disant : jouons le jeu et tout ira bien.
Je venais donc d’être bipé par le lycée Sainte *, un vendredi 26 août. Le lendemain, je rappelle et je laisse un message vocal disant que je suis toujours intéressée pour revenir. Quelques heures plus tard, M. Fox me rappelle, je décroche, on discute un peu. Il m’explique qu’il y a encore des places disponibles, mais qu’avant de prendre sa décision il veut s’entretenir avec moi. On convient d’un rendez-vous lundi. Un peu stressée, je vais donc à l’entretien. Il me pose d’abord quelques questions précises sur mon niveau mes difficultés, mes motivations, etc. Puis rapidement, au bout de 15 minutes, il comme petit à petit à prendre le monopole de la parole et comment à me parler du lycée en détail. Je sens flairer la bonne issue. Il me parle des profs, des salles de travail ouvertes jusqu’à 22 h. Puis au bout de 45 minutes, il sort un dossier, dans celui-ci je retrouve mon dossier de candidature, avec un lettre de motivation que j’avais ajoutée spontanément en plus. Il m’explique qu’il avait bien aimé la tournure de ma lettre, et que ça a joué. Dans le même dossier, il y a un dossier d’inscription complet qu’il me tend. C’est assuré, me dit-il, vous êtes inscrite, bienvenue à Sainte *.
L’ensemble scolaire Sainte *… C’est un lycée privé et catholique. Un lieu étrange et nouveau pour moi qui aie toujours été scolarisée dans le public. Le lycée est plus près de chez mes parents, à 1 h, contrairement à 1 h 20 pour Montaigne. Le quartier n’est pas le même, je quitte le VI arrondissement pour aller dans un quartier plus périphérique, moins étudiant, moins touristique, un quartier très habitant. J’aime bien ce calme apparent.
Je savais que si j’étais admise lundi, alors mes vacances seraient raccourcies, et je commencerais dès le Mercredi 31 août. On a eu une première journée de rentrée, où l’on a préparé la journée d’intégration. On a eu rendez-vous dans le (super) théâtre au sous-sol, ils ont fait l’appel général, réparti les élèves de voie E dans les deux classes de chaque niveau. Puis on a été réparti en groupe de 10 pour la journée d’intégration. La journée d’intégration à lieu de lendemain : on doit faire une collecte pour la banque alimentaire. Mais avant, il fallait trouver un supermarché, notre groupe se sépare, on fini par trouver.
Le lendemain, j’arrive sur place, on commence à bizuter les premières années. Couche sur la tête et t-shirt sac-poubelle. Ça m’ennuie, moi ça ne m’amuse pas trop. Les carrés si, mais c’est leur affaire. En chemin vers le supermarché, on croise un bizut scotché à un arbre. Je me rends compte que les élèves se sont arrangés pour terminer les collectes à midi, ensuite, ils ont prévu de faire une bataille d’oeuf et de farine dans le bois de Vincennes. OK… C’est dommage, j’aurais bien continué la collecte jusqu’au la fin de l’après-midi comme prévu.
Les cours commencent vendredi, l’idée d’avoir de la nouveauté me réjouit. Des nouveaux profs, de nouveaux locaux, de nouveaux lieux et de nouvelles personnes. J’ai hâte que les cours commencent. Le changement me redonne le goût d’apprendre : c’est quelque chose que je n’avais pas ressenti depuis bien longtemps.
Je jour de la rentrée, après le cours, je vais rejoindre mes prépamis au jardin du Luxembourg. Les prépamis c’est les amis que je me suis fait à Montaigne durant mon année de bizut(1ère année) et de carré(2ème) à Montaigne. Je sais que je ne vais pas les revoir depuis longtemps, je suis un peu triste, c’est une toute autre ambiance avec eux, bien plus chaleureuse et familière. Il se trouve que l’un des élèves devaient aller chercher quelques documents à Montaigne. On y va tous, je regarde avec mélancolie ces bâtiments qui referment 2 année entière de ma vie. J’en profite pour prendre quelques phots et dire adieu à ces bâtiments.


Bien que les lieux et les personnes citées dans cet article soient bien réels, j’ai remplacé certains noms par des pseudonymes.